A Caux, dans le terroir de Pézenas, en Languedoc, la Font des Ormes vit une métamorphose dans un décor immuable, un vallon bordé de deux coulées de basalte. Ambition : refléter dans le vin l’énergie élégante et sereine du paysage.

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Le sentiment d’une redécouverte

Accoster là, dans le vallon de Sallèles, poussés par une brise bienveillante. Y reconnaître aussitôt une scène d’enfance, un havre étrangement préservé. Peut-être même un passé plus lointain, une histoire antique, goûtant l’allégresse des Romains qui plantèrent là les premiers ceps. Stupéfaits de n’entendre que des chants d’oiseaux, de voir se déployer un décor d’ancien régime, d’avant la révolution du phylloxéra et son déluge de vigne, avec sa sereine harmonie de champs, d’olivettes, de cordons de chênes, d’amandiers en fleurs. Comme si, dans cette longue et douce conque offerte au ciel et à la caresse des vents mais restée à l’écart de la modernité, la nostalgie n’avait pas lieu d’être.
Sentir malgré tout qu’il ne suffisait pas de se poser là en gardiens de temple pour en assumer pleinement l’héritage et veiller à sa pérennité.

Decrypter le Paysage

Marcher. Suivre simplement les chemins qui se faufilent dans la mosaïque des parcelles, épousent la pente. S’aventurer sur le causse noir, dans le kaléidoscope que dessine la lumière dans le sous-bois des chênes verts, le bal éphémère des cistes et des graminées. S’imprégner et comprendre. S’initier patiemment à l’imbroglio mineral. Les quartz charriés par les rivières de la Montagne Noire, la silice des Cévennes, polis par le flux et le reflux de la mer du Miocène afin d’incruster, dans le tapis des marnes bleues et des fossiles d’huîtres géantes, cette “mollasse à dragées” joliment baptisée par un géologue d’un autre siècle. Voir couler la lave de l’ancien volcan dans les vallées, puis la très lente érosion faire son œuvre jusqu’à inverser le relief en un creuset oblong.

Le Reveil de la Terre

Avec la complicité de l’architecte Ariel Balmassière, recrépir à la chaux les murs décatis du hameau médiéval, restaurer les charpentes, les toits de tuiles, recréer le subtil camaïeu des boiseries et des étoffes. Ranimer les masets de vigne. Redessiner les jardins. Voir à nouveau palpiter la dentelle ciselée des grands pins sur l’ocre des façades. De là, sentir l’appel souterrain du vivant engourdi. Convier alors Lydia et Claude Bourguignon, les amener à flanc de coteau, au “Mexique”, ancestrale parcelle de carignan enturbanée d’iris. S’enchanter avec eux des noces si rares du calcaire et du basalte, du rose prometteur des racines. Suivre scrupuleusement leurs préceptes de guérisseurs de sols. Encourager la renaissance.
 

Le Vin, Désir de Partage

Concevoir le vin comme un hommage. Un chant. Imaginer ce paysage comme une partition découverte dans un musée de musique ancienne. La confier à un jeune soliste, Florent Girou, afin qu’il y puise l’inspiration d’une interprétation toute fraîche, pleine d’allant, de fluidité, de vibrations nouvelles. Où le mourvèdre offrirait la tension d’une basse continue, le grenache une aimable rondeur, le carignan l’exotisme familier de ses épices. Sans jamais forcer le trait, ni céder à la séduction facile des fruits confits. Plutôt accepter une forme d’austérité, une élégance murmurée, revendiquer la pudeur pénétrante d’un Languedoc qui exige la patience et s’inscrit dans la durée. Telle une amitié fidèle.